Comprendre les fils invisibles du collectif pour fidéliser vos équipes
- Adrien Menant

- 21 oct.
- 4 min de lecture
Si vous êtes dirigeants ou managers, vous avez sûrement conscience que sur le papier, votre organisation ressemble à une toile bien ordonnée : un organigramme, des rôles, des processus.
Mais dans la réalité,
une autre toile existe — invisible, émotionnelle, et souvent plus puissante.
Celle des liens humains, ces interactions multiples qui font circuler l’information, l’énergie, la confiance… ou parfois la méfiance.
Et si les blocages de votre entreprise n’étaient pas des problèmes d’organisation, mais le signe d’un déséquilibre dans cette toile relationnelle ?

L’organigramme, une toile… mais pas la seule
Votre organisation possède deux structures :
la structure formelle, visible — organigramme, procédures, reporting ;
et la structure informelle, celle des relations, des alliances, des loyautés et des tensions silencieuses.
Cette toile sous-jacente influence profondément la circulation de l’information et la performance collective.
Un projet peut échouer non pas faute de compétences, mais parce que la communication entre services s’est effilochée, ou qu’une tension non exprimée bloque le flux d’énergie collective.
L’approche systémique nous apprend qu’un système humain cherche toujours son équilibre : quand un lien se tend quelque part, il affecte l’ensemble de la structure.
Tisser des liens, c’est donc avant tout comprendre comment ils se tissent.
Un indicateur de performance souvent ignoré : le lien humain
Les études sont sans appel : la qualité des relations au travail influence directement la performance et l’engagement.
Selon le Baromètre QVCT 2024 de Malakoff Humanis, 68 % des salariés estiment que le climat relationnel influence directement leur efficacité quotidienne.
L’ANACT rappelle également que les entreprises qui développent des espaces de dialogue réduisent les conflits internes de 25 %.
Et d’après une étude de Sociabble (2023), 86 % des employés et dirigeants considèrent que le manque de collaboration ou une mauvaise communication sont à l’origine des échecs en entreprise.
Les salariés informés et engagés seraient jusqu’à 20 % plus productifs.
Pourtant, rares sont les dirigeants qui mesurent ces liens, les entretiennent, ou les pilotent comme de véritables leviers de performance.
Le lien humain n’est pas un supplément d’âme, c’est un actif stratégique.
Quand le Lean apprend à écouter
Le Lean est souvent perçu comme une méthode d’optimisation des flux et des processus.
Mais dans son essence, il vise surtout à fluidifier les relations humaines et organisationnelles.
Les outils Lean — rituels d’équipe, QRQC, A3, Obeya — ne sont pas que des cadres de pilotage.
Ce sont des espaces de communication conçus pour que chacun puisse observer, comprendre et agir sur les problèmes réels du terrain.
Cependant, mal utilisés, ces outils peuvent devenir mécaniques, voire destructeurs, s’ils ignorent la dimension humaine.
C’est là que l’approche systémique et l’analyse transactionnelle (Eric Berne) apportent un éclairage précieux :elles nous aident à décoder les postures relationnelles (Parent, Adulte, Enfant) et à comprendre pourquoi certaines interactions tournent à vide.
Les constellations organisationnelles, inspirées des travaux de Bert Hellinger, montrent quant à elles que les relations professionnelles sont traversées par des loyautés inconscientes :
la parentalité influence notre rapport à l’autorité,
la fratrie éclaire notre manière de coopérer ou rivaliser,
l’histoire de l’entreprise pèse sur les rapports de confiance ou de méfiance.
En prenant conscience de ces dynamiques, le Lean devient un outil d’écoute et de régulation systémique.
Il aide à remettre de la clarté dans les rôles, de la cohérence dans les pratiques, et du sens dans l’action collective.
Former et sensibiliser à la communication
Trop souvent, les formations à la communication sont déclenchées en réaction à un conflit.
Mais, comme pour la sécurité, la communication doit se cultiver en prévention.
Les entreprises qui misent sur des programmes réguliers de sensibilisation à la communication et à la coopération (Safran, Michelin, Decathlon) constatent :
une baisse significative des tensions interpersonnelles,
une meilleure fluidité entre les services,
une plus grande stabilité émotionnelle des équipes.
Former, oui. Mais surtout entretenir dans la durée une culture d’écoute et de feedback, car un lien se tisse avec constance, pas avec un séminaire.
Prévenir les tensions relationnelles, c’est renforcer la santé du système collectif.
Comprendre pour agir autrement
Quand les places sont justes et les rôles assumés, quand les canaux de communication sont clairs, alors l’énergie collective circule à nouveau.
Les managers deviennent des régulateurs systémiques, veillant à ce que chaque collaborateur trouve sa juste place et puisse contribuer en sécurité.
Ils ne “gèrent” plus les relations, ils gardent la qualité du lien.
Comme le rappelle Charles Pépin dans La Rencontre :
“C’est dans la relation à l’autre que l’on se découvre, que l’on grandit, et que l’on crée ensemble.”
Conclusion : Réparer la toile du collectif
Les liens humains sont les fils invisibles de la performance.
Ils unissent ou séparent, fluidifient ou freinent, renforcent ou affaiblissent le collectif.
Les comprendre, c’est ouvrir la voie à une performance plus humaine et durable.
Le Lean, combiné à une lecture systémique des organisations, permet alors d’aligner performance et bien-être, en redonnant du sens au travail collectif.
Tisser des liens, ce n’est pas ajouter du lien social. C’est réparer la toile invisible qui soutient toute l’entreprise.
Envie d’aller plus loin ?
Découvrez comment la performance peut naître du bien-être collectif.
Je partage régulièrement des approches concrètes pour conjuguer Lean, QVCT et management systémique.
Je suis Adrien Menant, passionné par l’amélioration continue depuis plus de 10 ans.
Mon parcours m’a conduit au sein de grands groupes tels que SEB, Bel, Agromousquetaire et Refresco.
Autant d’univers différents – industrie, agroalimentaire, biens de consommation – où j’ai pu observer et contribuer à des démarches d’excellence opérationnelle capables de soutenir des performances élevées sur le long terme.
Ce blog est né de cette passion : partager des méthodes, outils et retours d’expérience qui, au-delà des chiffres, contribuent aussi à l’engagement et au bien-être au travail.
Vous y trouverez mes propres découvertes ainsi que celles de pairs et experts rencontrés au fil de mes missions.
Si ces sujets vous intéressent et que vous souhaitez échanger idées, pratiques ou retours terrain, je serai heureux de poursuivre la conversation avec vous.



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